Récit de voyage en Albanie février 2016

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mdr Récit de voyage en Albanie février 2016

Message  jmvdbk le 31/3/2016, 19:39



Ce récit, écrit par Francis Bourgogne est extrait du fil http://parapente-baronnies.superforum.fr/t5994-albanie-en-mars-2016

Voyage mouvemente jusqu'à l'aeroport de Turin,
depuis novembre on attend la neige, il faut qu'elle tombe le jour de notre départ, aussi les heures s'accumulent et heureusement Sergio avait prévu les chaussettes que l'on a chaussées au pied du Montgenevre sur ordre de la maréchaussée, l'ambiance est au beau fixe néanmoins, les quolibets fusent dans l'habitacle lorsque nous voyons des automobilistes incompétents dans la gestion des rigueurs climatiques .
C'est avec une heure d'avance que finalement nous laissons nos voitures au parking , une navette nous transporte à l'aéroport, enregistrement , attente tout sourire et nous nous engouffrons au bout d' un tunnel interminable dans un A319 flambant neuf. Décollage, vol sans histoire quelques turbulences pour prendre conscience de notre univers préféré, atterrissage en douceur , les formalités de police sont expédiés à la vitesse grand V , nos parapentes sont vomis par le tapis roulant , chacun prend le sien et nous partons à la recherche de Peter qui est arrivé avant nous depuis Bruxelles.
Éclats de rire énormes on se retourne en effet il est là, on charge le tout dans une navette , on fait connaissance avec Julian notre hôte Albanais français remarquable tout se met en place naturellement et c'est vers Berat que nous continuons nos pérégrinations où nous attends un hôtel luxueux qui nous offre une chambre individuelle en effet luxe suprême qui évite les ronflements des uns et des autres. La salle à manger comme un hall de gare nous rassemble pour déguster notre premier repas albanais qui consiste en une multitude de salades de légumes variés grillés ou crus , agrémentés fromage, la profusion est d'abondance les paroles cessent les mandibules prennent le relais , tout est liquidé en un tour de main. L'estomac plein chacun regagne sa chambre en rêvant au vol du lendemain.

JOUR-1

La cérémonie du thé :
Les persiennes mal ajustées des fenêtres laissent filtrer une lumière matinale laiteuse qui jaunit de plus en plus au fil des minutes qui s'écoulent. Si  l'heure est la même qu'en France, un décalage d'au moins une heure est réel , le soleil est déjà bien établi  
lorsque les uns après les autres nous traversons l'immense pièce du restaurant qui se termine au fond par un comptoir où s'active une blonde à l'air revêche dont tous les mouvements inspirent, pour certains, l'évocation d'un pouvoir communiste autoritaire, heureusement aboli, qui a laissé ses traces indélébiles sur les êtres, pour d'autres la lassitude d'un travail de service qui ne génère pas l'épanouissement que l'on attend pour toute activité professionnelle.
De larges baies vitrées qui donnent sur la rue laissent pénétrer une lumière blafarde adoucissant l'ambiance , une télévision accrochée à trois mètres du sol diffuse dans une langue incompréhensible les nouvelles du jour, les sous-titrages qui défilent en bas de l'écran, ne nous aident pas plus , les consonnes s'ajoutent aux consonnes pour former des mots dont nous avons le plus grand mal à essayer de prononcer.
Les premiers arrivés commandent leur boisson préférée, qui un café , les choses se compliquent, doit-il être serré ou au contraire allongé dans une grande tasse à défaut du bol que l'on utilise chez soi, qui un thé facilitant du même coup le questionnement puisqu'il est servi d'office dans une théière qui assure déjà un minimum de liquide bienfaiteur. Heureusement la dame blonde est secondée par un serveur aux cheveux noirs corbeau qui se découpent sur une chemise blanche immaculée dont la rapidité des mouvements, de la compréhension des demandes des uns et des autres en italien, en anglais, en français assure à chacun ses désirs personnels et impérieux pour assouvir les besoins organiques de parapentistes affamés.
Serge nous rejoint alors que déjà nous engloutissons l'assiette apportée avec tant de zèle par notre serveur préféré, elle se compose invariablement d'une petite omelette fine et bien grasse, n'est-ce pas Didier, d'un morceau triangulaire de fromage blanc que l'on peut attribuer au genre feta, d'une coupelle de confiture de couleur rouge-brun qui fait penser à des griottes mais qui n'en sont pas, peut-être des petites prunes ou mirabelles la question reste sans réponse, d'une autre coupelle en verre dédiée au beurre, nous voilà armés pour empoigner avec bonne humeur les toast grillés déposés dans des petites corbeilles en rotin.
Serge donc en s'approchant voit sur le comptoir une sorte de toboggan en inox brillant où s'empilent des oranges albanaises couleur safran dont il attend le meilleur jus pour commencer son petit-déjeuner. La blonde tique mais s'exécute, dans un grand verre ballon le jus d'orange moussu et éclatant rafraîchit la bouche pâteuse matinale de notre Serge sous le regard médusé et jaloux du groupe pour une prestation à laquelle ils n'ont pas eu droit d'emblée, cinq têtes d'un mouvement uniforme se tournent vers la blonde pour commander la même chose, un rictus de dépit déchire le visage inanimé, elle s'affaire pourtant et toutes les demandes sont satisfaites. Les discussions vont bon train, les perspectives projettent des vols d'anthologie, le vent s'est levé cette nuit faisant battre les persiennes, les fenêtres, favorisant les bruits nocturnes de la rue si bien que quatre d'entre nous demandent de changer de chambre lorsque notre hôte Julian arrive pour avaler une tasse de café accompagnée d'un croissant, son ordinateur portable posé sur la table, écoute avec bienveillance les récriminations, décide que de nouvelles chambres seront attribuées pour ceux qui le désirent. à suivre...

En franchissant les portes coulissantes de l'hôtel nous découvrons d'un seul coup l'ambiance d'un nouveau pays, correspondra t-il à l'idée que l'on s'est forgée quelques jours avant le départ , les premières impressions teintées d'émotion sont vite enrichies par la vue de cette rue animée , un regard sur la gauche en direction du sud laisse entrevoir une chaîne de montagnes enneigées qui flottent dans un ciel de traîne qui à coups de brosses nuancées de gris laisse la place aux rayons d'or matinaux.
La navette emprunte un pont pour franchir la large rivière Osum qui charrie ses flots tumultueux provoqués par les pluies fréquentes en cette période printanière alimentés aussi par le fonte des neiges.
La rue longe les vieilles maisons du quartier de Gonice qui s'étalent sur la rive gauche de la rivière en s'accrochant sur les pentes de la colline du même nom offrant au regard une unité harmonieuse d'une architecture préservée.
Un pont de pierres grises que l'on emprunte plus en voiture fait admirer ses 9 arches élégantes qui relient les deux rives, plus loin une troisième passerelle permet aux habitants des deux rives de court-circuiter l'espace qui les sépare.
La rue arpente la colline abrupte , la ville fait place aux terrasses d'oliviers entretenues à la main, les branches souples agitées par les rafales de vent de plus en plus fortes font admirer l'éclat argenté du feuillage méditerranéen, les fleurs multicolores piquées dans l'herbe d'un vert soutenu colorent ce paysage bucolique.
L'asphalte fait place au chemin caillouteux  qui serpente à travers champs en s'élevant rapidement, les maisons entourées d'un petit jardin et d'une petite vigne qui s'accroche sur les pentes exposées à l'Est ( réserve personnelle du proprio ) font place à un petit cimetière fleuri où les tombes Chrétiennes et Musulmanes se côtoient signe d'un climat multi-confessionnel apaisé depuis la fin de l'empire Byzantin.
Nous continuons pour certains à pied , le sommet n'est plus très loin la pente se redresse la navette vidée de ses occupants impatients dérape sur les cailloutis, le quatre quatre charge les moins valides ou les plus fainéants, des ânes chargés d'herbe ou de bois mort poussés par des femmes ou des enfants souriants croisent notre troupe sans marquer d'étonnement.
Le sommet est en vue, les pins penchés du même coté signent de fait la direction du vent dominant, pour l'instant ils se courbent sous l'assaut des rafales mortifères pour l'espérance d'un vol, de dépit pour les plus concernés cela se transforme en ballade sur les crêtes de la colline qui s'élève à 450 m découvrant vers le nord une plaine immense. L'Osum décrit mélancoliquement ses méandres ondulés, telle un serpent se faufilant à travers les champs cultivés pour aller se jeter dans la mer Adriatique que l'on imagine au loin. Une colline, orientée Nord-Sud, plus haute barre l'Ouest de la vallée, sur son flan s'expose en pierres blanchies à la chaux le mot NEVER , anagramme du redoutable dictateur qui a asservi l'Albanie durant 45 années  et  massacré son peuple innocent. Enver Hoxha tel est son nom . Son prénom était écrit sur toutes les montagnes bien exposées , la tâche en incombait aux écoliers qui montaient dans leur cartable ses lourdes pierres pour écrire ces slogans, dure réalité d'un régime paranoïaque.


avant propos de la thése de Julian , c'est une réflexion sur le régime d'alors , bonne lecture
Avant-propos
Dès trois heures du matin, dans l’ombre de la nuit glacée accompagné par les chants folkloriques des gitans qui nettoient les rues de la ville de Korça, des gens sortaient de leurs maisons pour rejoindre le centre de la ville. Là nous attendaient de vieux bus pour nous amener à la gare de Guri Kuq (« La roche rouge », une mine à côté de la gare), à environ 60 kilomètres, un trajet de1h30. Les femmes avec leurs enfants étaient près du chauffeur où il faisait plus chaud, les hommes au fond du bus fumant quelques cigarettes Partizani. La rue est déserte jusqu’à l’avant dernière station, la gare, entre le lac d’Ohrid et la mine rouge. Dans un vieux bâtiment de la gare, des hommes avec des sacs ou des boites de bois qu’ils appelaient valises, faisaient la queue en zigzag pour acheter leur billet de train. Puis tous attendaient paisiblement le train qui se rapprochait très lentement avec l’aube. Nous découvrions l’autre rive du lac, la ville d’Ohrid en ex-Yougoslavie, tant espérée et si impossible à rejoindre.
Dès que le train se rapprochait du quai, les gens sortaient de leur sommeil, de leur tranquillité pour engager la première lutte, celle qui permet d’occuper une place dans les wagons vers la destination finale. Une folle masse d’individus qui jettent les valises par la fenêtre du train et avec elles aussi les enfants qui peuvent pénétrer par la fenêtre à l’intérieur du wagon et crier : Place occupée ! Les gens entrent normalement par la porte, les femmes occupent les places les meilleures et celles qui sont en charge d’enfants ont des placées réservées dans le wagon des mères avec enfants. Ainsi débute un voyage aventureux de huit heures. Les gens sortent leur repas préparé à la maison et commencent le petit- déjeuner dans un silence absolu. Après 30 minutes, tout d’un coup les sacs se ferment, les gens se regroupent et se serrent à leurs places. L’angoisse s’installe car le train se prépare à traverser un tunnel de huit minutes et demi. Pendant ce temps il n’y a pas de la lumière, ni dans les wagons et ni dans le couloir. On ne voit que le bout incandescent des cigarettes qui s’allument et marquent un territoire occupé par les hommes qui protègent leur famille dans le train. Des voleurs se préparent.
On entend des femmes qui crient : Ne me touche pas! Quelques hommes excités par cette situation cherchent à toucher un sein, à mettre la main sur une cuisse de femme, à caresser des formes, interdites lorsqu’on est en pleine lumière étatique. Il y a des femmes qui crient mais qui en même temps trouvent un plaisir, huit minutes et demi suffisent pour avoir un orgasme qui passe inaperçu dans la société secrète du train, des gestes cachés pour lesquels on ne craint pas une possible punition. Dès que nous sortons du tunnel, les gens commencent à vérifier ce qui leur manque, une sorte d’inventaire où tout objet manquant fera l’objet de disputes et de bagarres pendant les heures suivantes. Parfois on réclame aux contrôleurs ce qui a été volé mais on s’occupe moins de celui qui a touché le sein d’une femme. Puis le train s’arrête juste deux minutes pour que les hommes sortent et courent remplir une bouteille d’eau alors que le train siffle, accompagné par les cris des femmes et des enfants à leurs maris et pères les enjoignant de rejoindre très vite le wagon, à condition d’apporter avec eux la bouteille d’eau miraculeuse.
Dans ces moments les gens considèrent que le tunnel était l’expression d’une folie permise par l’obscurité, loin du regard de l’État et que les gens peuvent relâcher l’autocontrôle sans être punis. Il y a longtemps moi aussi, encore enfant, j’ai été témoin des dernières années communistes en Albanie et je pensais que le tunnel était le lieu d’une peur générale exigeant le plus vite possible de la lumière, comme le serait l’intervention de l’État pour obtenir une paix rationnelle. Plus grand j’ai pensé que la folie était bien au contraire, dans ce qui se passait à l’extérieur du tunnel dans cette paix commune/iste, que le tunnel n’était rien d’autre que l’endroit où pouvaient s’exprimer des d'actes instinctifs marginalisés par la paix imposée par l’État. Une scène de 8 minutes et demie où explosent d’une façon synthétique et planifiée, les angoisses, les ténèbres ou bien la recherche d’une identité perdue entre la scène civilisée et la violence des coulisses. Le tunnel aussi bien que le territoire de la maison était le lieu où les gens pouvaient à la fois extérioriser leur colère face à un régime pervers et en même temps trouver une sorte de tranquillité. A la fin il semble que ce régime ne pouvait plus contrôler certains espaces sociaux : la société du train, du bus, de la maison. Le wagon, les murs de la maison, servaient de limites entre l’État et l’habitus social. Le train enveloppe les individus sans pouvoir entrer dans leur habitus normatif. Un train dans un tunnel c’est l’anéantissement de ces limites, le tunnel délégitime le train comme forme de contrôle étatique. Ces moments d’enfance voyeuse, m’ont donné l’amour des trains et des tunnels, pour les routes et les voyages faits en compagnie, pour les limites entre la permission et la punition, pour cette société qui fait temporellement le même trajet et qui représente tout le contenu des relations sociales. Un amour impossible à maîtriser et qui est destiné à se perdre ou à pourrir dans la perversité du secret essayant de trouver la voie à suivre hors de tout contrôle. C’est à partir de là que je suis arrivé à l’étude de événements terribles de la Deuxième Guerre Mondiale et de la Shoah.




Au bas de la calade qui escalade la colline, on découvre les restes de la maison du Pacha, un péristyle encore dressé souligne la magnificence de l'édifice, pour faire bonne mesure le gynécée est contiguë, ainsi on ne perd pas de temps pour assouvir les instincts.
Nous déambulons dans les remparts encore bien conservés, admirons la richesse des points de vue sur les paysages environnants, nous rêvons toujours de vols, d'autres pensent à Skanderber héros de l'Albanie qui a tenu tête aux armées Ottomanes pendant plus de 25 années dans la première moitié du XV ème siècle.
La descente qui débouche sur la partie médiévale de Berat se fait au moment où l'appel à la prière époumoné par des hauts-parleurs accrochés en haut des minarets nous rappelle que nous sommes en territoire musulman bien que le multi-confessionnalisme est de rigueur, la grande mosquée siège à coté de l'église orthodoxe, laquelle jouxte un établissement qui accueille une importante communauté des témoins de Jéhovah, ils paradent en habit du dimanche heureux.
Notre première journée s'achève par un resto classique The White House, pizzas pour les uns côtes d'agneau pour les autres, Didier se lèche les doigts, elles sont grasses à souhait aussi un verre de raki puis un autre aidera la digestion.

JOUR-2

Le lendemain la journée n'est pas folichonne, il faudra trouver des occupations pour faire passer le temps, la cérémonie du thé décrite plus haute est identique, un petit signe néanmoins évoque un changement, en aparté Didier nous confie une impression fugitive d'un clin d'oeil furtif à son endroit de la blonde, sourires étouffés du reste de la troupe.
La navette conduite par DjiDji s'ébranle en direction de notre destination touristique avec peut-être la possibilité de sortir les chiffons, elle s'arrête dans un premier temps dans une friche industrielle où des bâtiments en bon état surgissent au milieu de nombreuses épaves bétonnées, la pluie n'arrange rien, les vestiges d'un passé récent laissent un goût amer. On pénètre dans l'usine de confection d'Edouard, 300 femmes penchées sur leur machine lèvent la tête d'un seul mouvement étonnées par l'entrée d'un tel groupe. Nous repartirons tous avec un boxer ROCHAS.
Sacré personnage cet Edouard, très jeune il quitte l'Albanie, travaille comme ouvrier agricole dans les serres italiennes, comprend vite comment on fait du business, s'achète une petite camionnette pour commercer d'une rive à l'autre, puis des camions, rentre en Albanie, rachète un hôtel dans lequel nous vivons, possède cette usine de confection , veut se lancer dans la fabrication de parapentes car lui-aussi est passionné enfin personnage haut en couleurs le coeur sur la main, une noria de chauffeurs, d'employées des contacts dans tous les milieux, il sème la concorde.
Après deux heures d'une route où les nids de poule sont fréquents, la moyenne de déplacement n'excède pas 30 km/h, la ville balnéaire de Vlora nous offre sous la pluie un spectacle assez triste, l'urbanisme est hétéroclite, nous longeons le front de mer défiguré par de gigantesques travaux d'embellissement, Julian nous indique l'attéro, une partie de la plage souillée d'ordures , des fers à béton dressés vers le ciel çà et là, la bruine tenace en rajoute un peu dans l'inhospitalier.
On monte au déco néanmoins, au préalable une petite épicerie nous propose des oranges mûries sur l'arbre délicieuses, une petite boulangerie nous assure des feuilletés garnis de fromage et d'épinard, spécialité locale, bien gras, Sergio nous assure qu'il n'en remangera pas, l'orange juteuse favorisera la descente dans l'estomac.
Les barbules approchent, le déco de Shashica offre au regard une vaste étendue qui surplombe la mer de plus de 800 m de dénivelé. Tout est gris le paysage laisse supposer des vols magnifiques, la ville s'étale au bas, d'ici les laideurs sont estompées, la mer comme un miroir de plomb dans lequel se reflète un ciel peu engageant cristallise le tableau.



Les parapentes dorment au fond de la camionnette, lorsque nous arrivons en bas un soleil timide fait son apparition, notre trésorier payeur général Peter change de l'argent, on en profite pour se dérouiller les jambes, le soleil maintenant plus généreux embellit la ville, les immeubles se colorisent pour nous donner un sentiment de regrets, qu'à cela ne tienne nous reviendrons.
La route serpente le long des marais-salants quadrillés, au reflet bleu , des tas de sel blanc contrastent avec les champs vert intense, une palette fauviste dans ce soleil déclinant.
Notre arrêt gastronomique est à la hauteur, dégustation des produits de la mer, anguilles , crevettes, calamars , dorades le tout parfaitement grillés accompagnés de salades variées, arrosés d'un vin blanc qui laisse à désirer, on se rattrape sur le raki pour faire glisser le dessert sorte de flan à la semoule saupoudré de cannelle.
Vous imaginez le concert de mandibules, Did s'empare de morceaux de pain, touille avec frénésie les fonds de plat où stagnent quelques restes.
L'hôtel favorise l'ultime préparation du lendemain , Julian ouvre son ordinateur, utilise météo-blue pour nous concocter notre programme, demain ça vole, rendez-vous 6h30 heures avant le petit-déjeuner pour faire un petit vol du matin.


JOUR-3

Toujours fidèle aux engagements, Marc fait des allers-retours sur le trottoir à l'heure convenue, il est fin prêt lorsque je le rejoins m'étant finalement décidé à faire  ce vol matinal. La barrière psychologique depuis mon accident est difficile à franchir, chaque vol est une épreuve, aussi l'idée d'un vol débonnaire matinal m'aide à franchir ce pas. Hier nous n'avons pas participé aux agapes nocturnes, chivaz raki bière qui ont abouti, la fatigue aidant, à changer l'heure de rendez-vous et c'est à 7 heures que tout le monde se rapplique excepté Sergio qui s'est rendormi et qui viendra nous accueillir à l'attero à 200m de l'hôtel , un petit terrain caillouteux entouré d'arbres à coté d'un manège d'autos tamponneuses mais qui a l'avantage d'être sec. C'est depuis la colline de Gorice en face Est que nous décollons les uns après les autres, il faut tout de même bien courir car très peu de vent agite la petite faveur installée au bout d'un bâton. Les montagnes en face ont encore blanchie, le soleil à travers des cumulus espacés, le mouvement du feuillage des oliviers sur les pentes ondulées des vallons que nous survolons, comme une respiration, tout cela conduit à un vol contemplatif bref mais apprécié c'est le premier vol en Albanie. On plie les parapentes sous les regards des curieux attroupés, l'ambiance est bonne enfant. Retour à pied à l'hôtel, on fonce tous à la cérémonie du thé, sourires entendus, Didier confirme qu'il pourrait conclure.



En route pour shpirag, que l'on appellera Never , longue colline qui s'étend du Nord au Sud, culmine à 1100 m d'altitude, sépare 2 vallées une à l'Est en direction de Berat , l'autre à l'Ouest vers la mer au loin.
La route se termine par une carrière de marbre, ci et là de gros blocs parallélépipédiques attendent leur prochaine destination. Nous chargeons les parapentes sur le dos , un petit sentier nous conduit au milieu des moutons et des chèvres au sommet.Une petite construction en pierres démolie assure un bivouac pour les bergers, de part et d'autre les décos Est Ouest, pour le moment il n'y a pas un souffle d'air ou plutôt capricieusement la brise ténue fait le tour du sommet, il faut attendre, Did en profite pour ériger un magnifique cairn qui marque ainsi notre passage.



Edouard , ses activités multiples le pressent, engage une course très maîtrisée en direction de Berat, le déco est court donc technique. Nos regards suivent son vol jusqu'à ce qu'il disparaisse en approchant de la ville , on apprend par radio qu'il s'est posé le long de la rivière, à deux pas de son entreprise. Pour nous se sera la direction opposée qui nous concernera lorsque les conditions s'amélioreront, Julian nous montre un terrain en fond de vallée pour la pose, on attend la brise favorable.
Avant qu'Edouard ne décolle ils ont organisé nos agapes du soir, un méchoui est prévu quelque part dans le coin, ce qui conditionne un peu le vol qui se prépare puisque nous devons nous regrouper à un moment ou l'autre. Did lance les hostilités, la brise très légère orientée Nord-Ouest renforce la technicité du décollage ce coté Ouest est encore plus délicat que l'Est.
Le ciel est encombré de gros cumulus à base noire, après un petit instant  de recherche d'un thermique, qu'il trouve et exploite, il s'approprie le ciel, de nuages en nuages explore l'espace des collines environnantes jusqu'aux plaines aux confins. Didier le rejoint, un décollage impeccable, un thermique devant le propulse, on imagine le sourire carnassier des grands espaces, longe, pour rejoindre Did, la crête vers le Nord, s'écroule en bout de celle-ci, le champ vert l'accueille, sa voile de couleur orange évoque un souci.



Sergio et Jean-Pierre à leur tour décollent et vont rejoindre assez vite le champ vert pour former un joli bouquet printanier.
Peter rate trois décollages, s'extirpe de la souricière après des manœuvres d'une dangerosité dont il a le secret, il s'en sort sans casse, nous trois, sommes par contre terrorisés, notre décollage se fera sous l'emprise de ces images. Par contre, une fois dans les airs nous n'avons plus qu'à suivre Peter qui balise les thermiques, c'est après un joli vol en local que Marc et moi-même nous nous posons pour rejoindre nos camarades infortunés. Did, Peter volent toujours.
Une petite baraque qui fait épicerie jouxte le champ, nos amis déjà installés , une bière pour étancher la soif dévorante nous accueille, ils ont suivi nos évolutions et expriment leur satisfaction, les sourires sont encore plus larges lorsque l'on comprend très vite que toute cette aménité résulte d'un artifice redoutable. Les bouteilles d'eau de 2 litres sont transformées en bouteilles d'un raki délicieux. Il n'y a pas d'heure pour les braves , il est trois heures de l'après-midi, confortablement installés au soleil nous lampons de larges rasades de ce breuvage local.



Après avoir volé presque 2 heures, Did nous rejoint et comprend vite que l'ambiance est survoltée, il enfourne une bière en 3 temps 3 mouvements et se pique au jeu du raki local, c'est le meilleur que nous boirons pendant tout le séjour, Jean-Pierre rachète le stock, nos bouteilles d'eau deviennent redoutables.
Peter nous survole perché à 1400m se demandant s'il rejoint Berat ou s'il estompe son vol pour finir la soirée avec nous, la perspective du méchoui est la plus forte aussi nous le voyons approcher, il lui faudra toute la longueur du champ pour finalement se poser. Le long pliage de son matériel l'assoiffe, il se rue sur une bouteille pensant avoir à faire à de l'eau rafraîchissante, avale une ample gorgée, surpris mais pas mécontent commande une bière pour faire glisser, il rattrape le temps perdu.


Les enfants du hameau s'amusent comme ils peuvent, ils sont souriants et ne sont pas pendus à nos basques à faire la manche, au contraire ils ont beaucoup de dignité. Un homme vêtu d'une salopette que nous qualifions tout de suite de garagiste du coin répare le vélo ou une mobylette d'un âge canonique, toutes ces petites scènes nous amusent et meublent le temps qui nous sépare de notre départ pour le restaurant qui se trouve de l'autre coté de la colline.
Edouard est venu nous rejoindre, c'est encore l'occasion de trinquer, la température monte, nous nous ébrouons vers notre prochaine destination. Ce restaurant appartient à l'un de ses amis, un grand chêne magnifie la cour, nous pénétrons dans cet endroit coquet, un feu de cheminée ronronne, fera les délices de Sergio et Jean-Pierre frigorifiés qui s'installent à la table tout près de ce feu salvateur.
Un taxidermiste a exercé ses talents sur quelques animaux, loup, faucon et autres espèces dont un lièvre qui attire notre attention par ses dimensions phénoménales sans compter la possession d'incisives aussi grosses que celles d'un raton laveur, le raki est sans doute la raison de la transformation de cette bête inoffensive en un redoutable prédateur, ce fantasme nous poursuivra jusqu'à la fin de notre voyage.



Les salades et autres petits plats d'avant garde font la joie de tout le monde, le clou de la soirée arrive, présenté dans un grand plat, un agneau tué de ce matin parfaitement
accommodé, cuit à la perfection, régale nos appétits. Le vin ne manque pas, le raki non plus au moment de l'addition on assiste à un morceau de bravoure, Peter mélange les euros et les leke, la monnaie locale, s'y reprend à plusieurs fois, n'y tenant plus sort un billet de 50 euros pensant que c'est assez, on l'invite à rouvrir le porte-monnaie il s'exécute à contre coeur sous nos regards hilares mais finit par donner le bon compte. Le retour à l'hôtel est une formalité, des noctambules continuent les libations.

JOUR-4

A la cérémonie du thé le lendemain matin l'assiette avec l'omelette passe mal, certains  ont l'air un peu chiffonnés, tempête sous un crâne, bah un bon vol fléchette depuis la colline de Shpirag ,  tout rentre dans l'ordre , mine de rien il y a 7 à 8 km pour rejoindre la rivière Osum, on pose tous près du pont, l'attéro portera le nom dorénavant du rat crevé, en effet un beau spécimen gît au milieu des immondices à l'endroit où on plie les voiles. Il fait beau , nous partons dans la foulée découvrir un autre site à 1h30 de Berat direction Nord-Est. Le lieu s'appelle Mollas ça ressemble au Soub, ce site possède les mêmes particularités , en début d'après-midi la soufflerie est en marche, elle se désactive brutalement en début de soirée, aujourd'hui lorsque nous arrivons au sommet ça décoiffe, des nuages noirs survolent les crêtes qui s'étendent au sud, il fait froid , c'est gris et humide mais rien n' arrête Did qui décolle, vole , explore, prend ses repaires pour un jour meilleur. Didier le suit et après quelques allers retours revient se poser au déco, dés qu'il a les pieds au sol, on se jette sur les freins pour enrayer un départ en spi.


La bruine fait son apparition, les mines s'allongent, le vent et l'humidité n'améliorent pas l'ambiance, un chien rode, il porte un collier avec d'énormes pointes en fer pour le protéger des attaques des loups qui sont légions en Albanie. On lui donne du pain, remue la queue en signe de remerciement, revient à la charge, tout le pain y passe, satisfait et repu il rejoint son troupeau ou son maître sans un regard. Entre temps la bruine cesse le vent baisse Jean-Pierre, Sergio, Peter et Julian décollent, l'accalmie est de courte durée la bruine se transforme en pluie les parapentes en parapluie. On rentre à Berat, la route traverse une campagne très cultivée, des champs  de pêchers en fleurs teintent d'un vieux rose les tons maussades d'une fin d'après-midi humide.Autre particularité du coin, on traverse un champ pétrolier ancien, chaque maison a dans son jardin un puits de pétrole, certains fonctionnent encore. Ce soir on mange à l'hôtel, nous sommes invités par Edouard, au menu les salades traditionnelles dont on ne lasse pas, un dindon en plat de résistance bien sûr le raki pour digérer, demain il semblerait que les conditions de vol au bord de la mer soient favorables.



JOUR-5

Tout le monde a récupéré des agapes de l'avant-veille, Didier est plus intrépide ce matin, c'est confirmé nous partons vers Vlora, les nuages gris sont toujours présents , ils alternent avec des apparitions fugitives du soleil qui illuminent la neige vers le Sud, les gens s'affairent, la vie reprend ses droits de bonne heure en Albanie, les enfants tiennent dans leurs mains de jolis bouquets de fleurs, c'est le jour des professeurs chacun veut les honorer.
C'est sous le soleil que nous arrivons à Vlora, inutile de repasser devant l'attéro puisque c'est la plage et montons directement au déco, entre-temps des cumulus font leur apparition, inscrivent sur le miroir maritime des tâches mouvantes au gré des brises.
Tout le monde décolle excepté Peter, Sergio fait un saut de puce et repose en haut, la brise se transforme en vent, les conditions de vol ici deviennent pas franchement folichonnes, c'est un sauve qui peut général qui s'empare de nos volants, objectif plage. Pas si facile, les moutons sur la mer brisent le miroir , la pose s'avère compliquée. En effet un vent laminaire de près 40 km/h nous réceptionne sur cette plage encombrée, de grosses flaques d'eau ajoutent à la difficulté, nous sommes tous en marche arrière, même Didier avec sa GTO parachute , se pose somme toute sans encombre, assiste impuissant au passage de Marc traîné par sa voile, creusant un sillon profond , finit sa course dans une énorme mare, Didier ne peut pas s'empêcher de rire de la situation tout en étant extrêmement inquiet.
Par miracle tout le monde se pose sans blessure chacun plie son matériel comme il le peut parmi ses bourrasques.
On traverse l'avenue, un laveur de voiture prête son matériel pour rincer la voile de Marc pleine d'eau et de sable, un petit estanco nous permet d 'étancher notre soif avec une bonne bière tout en relatant cette épopée qui se finit bien compte-tenu de la vitesse à laquelle les conditions de vol ont changé.



La route longe la mer adriatique vers le Sud, légèrement surplombante elle dévoile à chaque virage une petite crique qui cerne une mer turquoise et transparente, comme une perle enchâssée dans sa monture. La beauté du paysage transforme en air de vacances notre conquête de nouveaux sites, c'est vers Llogara que notre navette toujours conduite par DjiDji emprunte une vallée qui s'enfonce vers le Sud, au loin des montagnes qui forment un col dont nous gravissons les lacets. Un paysage savoyard fait place aux douceurs estivales, une forêt de sapins, des chalets auberge, l'Albanie offre des contrastes étonnants sur des distances très courtes. Au sommet du col mille mètres plus bas, la mer ionienne baigne l'île de Corfou au loin. Au détour d'une épingle la navette s'arrête, un panneau indique une activité de parapente, c'est là que se situe le décollage de Llogara. Il surplombe la mer, la montagne qui se dresse d'un seul élan au-dessus fait admirer ses pentes enneigées, des nuées maritimes noient tour à tour et la mer et la montagne donne à l'ensemble une vision fantasmagorique.



Le décollage est à la hauteur, imaginez une surface plane de 20 mètres de large, terminée par un fossé vertical d'au moins 5 m de profondeur, large de 4 m environ dont le bord extérieur remonte de 3 m, sur la gauche de ce trou un espace de 1m de large présente une faible dénivellation qui permet de trouver un plan incliné pour assurer une course d'élan, inutile de vous dire que les volontaires ne se bousculent pas au portillon. Julian, habitué du site recommande de partir de l'autre coté, la prise d'élan est plus traditionnelle même si elle demande un effort assez violent, pas de pente, pas de vent pour faciliter l'envol.
Didier a préparé sa voile sur le plat, le silence est absolu, chacun comprend la difficulté de ce décollage, face à la voile il la lève en courant en marche arrière, la distance diminue, se retourne, le vide est là, il n'emprunte pas le passage sur la gauche, se jette dans le vide, par bonheur touche le sol sur le haut extérieur du fossé, décolle dans un suprême effort, disparaît dans les limbes ioniens.
Julian est estomaqué, Did hésite un instant, renonce et décolle après une course intense, rejoint lui-aussi les nuées, Jean-Pierre suit le mouvement, Julian emprunte le même chemin, le vent est défavorable la course est interminable, les autres prennent la navette à contre-coeur, le vol a l'air si beau. La route descend jusqu'à la mer , tous les 50 mètres un bunker de la période Hoxha défend un lacet, à ce propos toute l'Albanie est couverte de bunkers, il en a fait construire plus de 700.000, dans les villes , les campagnes, les montagnes les bords de mer.


On retrouve nos joyeux compagnons encore sous le coup de ce vol extatique, d'un commun accord nous décidons d'aller fêter cette journée au restaurant à poissons déjà connu, deux heures de route nous en sépare, nous n'avons rien mangé depuis ce matin mais ça vaut la peine d'être patients.
Le repas est à la hauteur de nos espérances, c'est somnolents que nous finissons le trajet pour Berat. Un point météo à l'entrée de l'hôtel nous conforte dans le choix de Mollas pour la journée du lendemain, il semblerait que cela soit la plus belle de la semaine.

JOUR-6

Notre départ est toujours conditionné par des soucis de dernière minute que nous ne maîtrisons pas, cette fois-ci deux gendarmettes font du zèle, arrêtent notre navette pensant à un trafic de migrants. Julian donne les papiers du véhicule , explique la situation, elles n'en démordent pas et appellent leur responsable hiérarchique, entre-temps DjiDji a appelé Edouard qui arrive à tombeau ouvert avec son gros 4x4 accompagné de son frère au moment même où le chef arrive, se rendant compte de la bévue tout sourire en voyant les deux frères rend les papiers, embarque les deux zélées et nous pouvons continuer notre route en imaginant la scène au commissariat du coin.

Nous traversons à nouveau le champ pétrolier, le ciel est bleu , des petits cumulus s'approprient doucement l'éther confirmant que la journée sera fumante. La navette s'arrête à l'entrée de la carrière, le 4x4 prend en charge les voiles et les non-marcheurs.
Les autres, à leur rythme, grimpent jusqu'au décollage, Didier et Jean-Pierre arrivent une minute avant nous, ils ont le plaisir de nous narguer Did et moi, c'est toujours pareil la compétition non dite s'impose d'elle-même, à notre corps défendant eux sont en nage, nous non. Le 4x4 arrive les voiles se dispersent sur l'aire immense, tous impatients de décoller , les conditions sont parfaites, maintenant de gros cumulus blancs ouatent le ciel bleu.

Les conditions sont là, Did et Didier enroulent les thermiques et disparaissent vers le Sud, les autres font de même, Marc traîne sur la zone, s'extirpe néanmoins, j'ai moins de chance je suis déjà posé, je plie et je regarde les évolutions de mes compagnons, frustré. Un front noir avance menaçant au Sud, peu importe cela ne freine pas les ardeurs de Didier qui annonce en radio qu'il a la ville de Berat en vue, les autres se battent dans des thermiques généreux, volent le plus loin possible vers ce front mais finalement renoncent les uns après les autres, posent dans un joli champ vert au bord de la route faisant la joie des enfants accourus pour profiter du spectacle.


Julian m'a rejoint nous prenons la navette pour récupérer à environ 5 km Peter, Jean-Pierre et Sergio en train de plier, Did assure le spectacle en envoyant des 3/6, les enfants aux anges apprécient, l'entourent lorsqu'il plie à son tour.
La navette nous dépose dans un petit cafenion, la bière locale est la bienvenue, le patron nous sert une assiette de fromage, des olives grosses comme des pruneaux. Julian part à la recherche de Marc qui s'est posé sur le terrain officiel respectant scrupuleusement les consignes. Didier a posé à Berat à l'attéro du rat mort, Edouard le prend en charge, à grands coups de klaxon, le champignon enfoncé jusqu'à la garde
le dépose malgré tout sain et sauf à notre table.
Didier nous raconte son vol, plus de 30km en 1h30 sans prendre beaucoup de hauteur , sans jamais trop descendre non plus, inquiet par le front qui s'avançait mais qu'il maîtrisait en volant vers lui.
Le moment festif passé, nous remontons au déco pour un vol d'après-midi, la soufflerie est en marche, de gros nuages noirs et menaçants obturent le soleil, le froid s'installe, le chien au collier quémande son dû, une bruine nous fait mettre à couvert sous un kéké qui fait parasol, nous évoquons le gîte du lièvre Albanais aux dents de raton laveur , ce qui nous fait sourire.
La bruine s'arrête, la soufflerie diminue d'intensité, Didier se prépare suivi de Did et Jean-Pierre qui profitent des conditions pour faire admirer leur maîtrise de gonflage, tout s'écroule rapidement, ils décollent dans les dernières bouffes, Julian les accompagne. Le 4x4 nous redescend.



Le retour de Mollas se faisant à plusieurs véhicules, nous ne sommes pas très nombreux dans la navette, Didier, Did, peut-être Jean-Pierre, une chose est sûre, une bouteille de raki traîne entre les sièges. Distribuée à la cantonade, elle passe de mains en mains, après quelques lampées, Did démarre au quart de tour, «  ce soir les gars c'est vol de nuit, c'est notre dernière chance » Didier circonspect, il a déjà fait un bel effort aujourd'hui, réserve sa décision. Arrivés à l'hôtel, Julian est pris de court par Did qui lui confirme sa volonté de faire ce vol de nuit, il se ressaisit très vite ce qui fait réfléchir Didier. Tour à tour les doutes s'emparent des impétrants mais jamais en même temps si bien qu'il y en  a toujours un pour remonter le moral de l'autre. Didier me demande ma voile, emprunte la sellette de Marc au cas où, c'est vers le grill-room que tous ensemble nous partons pour déguster les brochettes de porc, de poulet les salades et légumes grillés, quatre bouteilles de vin rouge pas si mal, accompagnent ce festin. L'avenue illuminée, rectiligne,inspire à chacun des acteurs l'idée de terminer ce séjour albanais en apothéose.
Proposant mes services pour assurer la navette, nous voilà tous les quatre dans le 4x4 à l'assaut de la colline de Gorice,  seule la lune qui présente un début de quartier, une virgule éclairée, souligne le noir velouté du ciel. Le chemin chaotique serpente le long de la colline, il nous est familier, c'est la troisième fois que nous l'empruntons, plus nous approchons du décollage plus la tension est palpable. Il est plus de 10h du soir quand nous atteignons le site, le pinceau jaune lumineux des phares lèche la faveur qui indique une brise favorable pour le vol. Les événements s'enchaînent, Didier gonflé à bloc se prépare déjà, Did fléchit un peu mais Julian de nouveau remonté comme un ressort, l'exhorte. Tour à tour ils s'élancent, disparaissent, absorbés par le trou noir absolu, seul un cri salvateur poussé par un pilote déchire la nuit. En contre bas les lumières de la ville indiquent le cap, pendant que les gens dorment, trois parapentistes dans un vol furtif accomplissent leur rêve.


Didier pose sur l'avenue en face du grill-room, Julian sur la même avenue mais en plus court, Did sur la place un peu plus large au bout de celle-ci. Embrassades et éclats de rire sous l'oeil ébahi de quelques noctambules font retomber l'adrénaline de nos trois compères. Nous nous rejoignons, il est plus de minuit quand nous rentrons à l'hôtel, je laisse les acolytes qui ont beaucoup de choses à se dire tout en visionnant les vidéos du vol onirique.
Notre voyage prend fin, une pluie froide tombe régulièrement sur l'asphalte de la chaussée faisant briller des reflets glauques des petites boutiques de fruits et légumes.
Les cafés sont bondés, des hommes surtout, nous faisons un dernier petit tour de Berat avant de partir pour Tirana. La pluie incessante rend la circulation difficile, sur l'autoroute nous assistons à une scène étonnante. Un accident contrarie le flot des véhicules, qu'importe, ils font demi-tour, se retrouvent nez à nez avec les suivants qui comprennent qu'il faut emprunter la sortie de secours, enfin tout s'arrange sans trop de casse.
Sous l'impulsion de Julian nous visitons les quartiers de la nomenklatura de l'ancien régime qui sont maintenant les plus vivants de la ville, nous passons devant la villa d'Hoxha, si elle est importante, elle n'a rien à voir avec le palais du printemps de son homologue Roumain Ceausescu.
Nous nous engouffrons dans un restaurant bien achalandé, il faut attendre que des places se libèrent, pour apprécier une dernière fois la cuisine albanaise, on ne rechigne pas sur la quantité de vin, ne doit-on pas dépenser tous les leke qui nous restent.

Nos pas nous amènent près de la pyramide, monument érigé à la gloire du dictateur de son vivant, théâtre d'un jeu pour les enfants de la ville. Ils remontent les faces inclinées à 30°, les redescendent comme des toboggans, l'usure des pantalons a poli le béton. Didier, Jean-Pierre et moi les montons à notre tour, le sommet est à plus de 40 mètres, la descente est périlleuse, c'est à petits pas sous l'oeil moqueur des enfants que nous retrouvons le plancher des vaches.
La statue équestre de Skanderber trône, son visage altier domine la place ceinte d'immeubles multicolores, architecture de belle allure d'influence italienne. C'est ici que nous avons rendez-vous avec Julian, la navette nous cueille, nous nous dirigeons vers l'aéroport, le raki aide le moment de la séparation.
Pour ceux que ça intéresse, je recommande la lecture d'un témoignage émouvant sur les années de plomb écrit en français par un poète et peintre qui a subi 36 années de torture et de conditions inhumaines, «Dans les cercles de l'enfer» de Lek Pervizi , à la lecture de ce livre le peuple Albanais mérite notre compassion.
texte, Francis Bourgogne
Vidéo, Jean Pierre
Photo, Didier et Marc


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